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Arts Martiaux et Shiatsu : Exploration de l’énergétique (1ère partie)

Jean Smith développera ce sujet en théorie et en pratique, lors de l'Université d'été de Shiatsu 2024 au Domaine de Lembrun à Temple sur Lot (47110)


L’énergétique suit des règles précises qui, si elles sont respectées, nous permettent de nous maintenir en bonne santé et prévenir par exemple l'usure prématurée de nos articulations. Et alors que les perspectives de progression basée sur le domaine musculaire se réduisent rapidement passés 50 ans, la pratique énergétique permet une progression jusqu’à la fin de notre vie. En voici une présentation entre médecine traditionnelle chinoise, taoïsme et arts martiaux.





SOMMAIRE :


INTRODUCTION

En raison du langage, les conceptions du monde occidentales et orientales diffèrent. La

conception occidentale est plus analytique, quand la conception orientale est plus synthétique. Le référentiel au travers duquel s'articule cet article est celui du taoïsme, philosophie et pratique de vie qui sous-tend la médecine traditionnelle chinoise et les arts martiaux asiatiques. Certains termes sans équivalents en occident seront délibérément conservés dans leur prononciation chinoise. Ainsi par exemple, le terme de qi 氣 comprend autant la notion d’énergie subtile que de matière. Si cette signification apparaît bien dans l'idéogramme chinois ou japonais, la traduction par « énergie » est restrictive et propice à mauvaise interprétation.


Le Qi
En haut - Vapeur (énergie subtil) En bas - Botte riz ( matière)


Cet idéogramme qui désigne le qi représente une botte de riz (yin) dont se dégage de la vapeur (yang)

Il est difficile d'aborder la notion de qi dans une pratique martiale sans comprendre, pratiquer et sentir ce qui se passe en nous et autour de nous... Cet article paraitra en deux parties : la première abordera les principes théoriques généraux qui permettront d'appréhender ce qui se passe dans la pratique martiale, la seconde.


« De la voie naquit un

D'un deux

Et de deux trois

Trois engendrant dix mille

Dix mille porte yin à dos, yang en ses bras » (Tao te king)


Selon Lao Tseu, tout ce qui existe entre terre et ciel est qi, et soumis à la loi du yin et du yang. Ce qi est partout, dans l'air qui nous entoure, et c'est lui qui sous une forme « condensée identifiée » constitue les êtres vivants que nous sommes. Dans l'approche orientale, nous sommes des organismes dynamiques, non finis, reliés et dépendants de ce qui nous entoure. Le qi impersonnel soutient notre identité personnelle et nous transmet vie et expression. Nous sommes donc des lieux de passage et de modulation de ce même qi. Ces notions nécessitent de changer notre manière d'aborder la vie et de la considérer d'une manière moins égocentrée, plus poétique et reliante.


Représentation de l'Homme de Meng Zi (Jacques Lavier)
Représentation de l'Homme de Meng Zi (Jacques Lavier)



LES RÈGLES DE LA CIRCULATION DU QI

On ne peut parler d’énergétique asiatique sans aborder la double polarité yin et yang (in-yo en japonais). Si on parle du jour (yang) et que vous comprenez, c'est qu'inconsciemment le concept de la nuit (yin) est intégré en vous. Si on lance un objet en l'air (yang), il faudra bien qu'il retombe (yin). Pour tenir debout, il faut que je me dresse (yang) à partir d'appuis (yin). Ces exemples montrent qu'entre ciel et terre tout est soumis à la loi du yin et du yang. Le yin appartient à la terre et le yang au ciel. Le yang est une énergie centrifuge, d'expression. Le yin est une énergie centripète d'intégration. Le yin est le maître, car pour exister, il faut déjà s'incarner, pour tenir debout, il faut déjà des appuis. C'est à partir de là que le yang s'exprime. Ces deux polarités sont indissociables, complémentaires et coexistantes. Si l'une arrive à son apogée d‘expression, elle contient inévitablement le germe de l'autre, symbolisés par les petits ronds dans l'image du tao.


Le yin et le yang dans le déroulement d'une action :






Cette dynamique est la règle primordiale qui sous-tend la vie. La séparation du yin et du yang est synonyme de mort. Si elle est dynamique, cette règle n'en obéit pas moins à des lois. Ainsi, dans l’être humain, elle suit des circuits précis (méridiens d'acupuncture) qui sont reliés à nos organes, eux-mêmes dépositaires d'une certaine qualité de qi. Ces circuits se recoupent et forment à certains endroits des carrefours importants, dantian 丹田, qui sont à la fois des moteurs, des concentrateurs et des transformateurs du qi.

Dans les arts martiaux, nous parlons souvent du dantian inférieur (« tanden »en japonais), qui se situe à trois doigts sous le nombril, et est souvent confondu avec le hara qui désigne le ventre tout entier.


LES BASES DU YIN ET DU YANG

L'Homme se place entre terre et ciel. Il est le vecteur des énergies qui viennent de la terre

(origine du yin) et de celles qui viennent du ciel (origine du yang). Dans une pratique martiale, plus cette polarité aura d'intensité, plus le mouvement sera efficace. Plus le pratiquant vivra en conscience ces mouvements énergétiques, plus il sera en mesure de les diriger de manière fine. L'influence qu'il aura sur son environnement en sera démultipliée.

Prenons l'exemple de la pratique d'un kata que nous diviserons en trois étapes :


Étape un : Le pratiquant apprend et peaufine une forme qu'il adapte à sa morphologie tout en respectant une forme qui va induire un positionnement correct amenant une biodynamique logique et efficace.


Étape deux : La forme dynamique acquise, le pratiquant peut s'intéresser au moteur, et le qi peut alors remplacer la force musculaire. Pour cela, il faut intégrer de manière dynamique ses règles de circulation. Il faut comprendre comment potentialiser ce qui vient de la terre et l'exprimer dans une interaction continuelle des deux polarités. (Cela fera l'objet du prochain article.)


Le monde de la compétition sportive est le domaine de la première étape. Il fait appel à des qualités objectives de rapidité, de placement et d'exécution globale dans le respect d'une forme précise. Ce qui à haut niveau nécessite beaucoup de travail.

Le deuxième niveau fait appel à des notions subjectives liées à des sensations internes qui

donnent lieu à une exécution personnelle d'une forme. Ainsi à Okinawa, dans un même dōjō, il y a la manière « compétition » d'exécuter un kata qui obéit à une forme et à un rythme précis, et la manière « martiale » plus personnalisée et adaptée au pratiquant en fonction de son âge, sa morphologie, etc. Cela explique que les Maîtres laissent une liberté d'expression aux élèves qui ont intégré les principes.

« Les anciens maîtres étudiaient d'abord le côté externe du kata puis le digéraient. Ils faisaient leur propre kata, non pas en changeant les mouvements ou les techniques mais en les faisant correspondre à leur propre corps. »
NishiyamaHidetaka

Étape trois : Le pratiquant libre de tout apprentissage, le qi circule librement en lui. Les

principes acquis, le kata est transcendé et devient espace de création. À ce niveau, le

pratiquant incarne les principes, et le qi circule constamment et sans entraves.

C'est une autre conscience de soi et un rapport différent au monde. Le travail du kata est ainsi un ajustement progressif de nous-mêmes qui rend plus juste notre action sur notre

environnement.


YIN, YANG, PLACEMENT DANS L'ESPACE


Yin Yang et placement dans l'espace

Pour évoquer l'Homme et son positionnement juste au regard de l'énergétique chinoise, appuyons-nous sur un classique de la Médecine Traditionnelle chinoise appelé

Wen. Plus précisément, le Su Wen 6 intitulé : « les séparations et les réunions du yin et du

yang »



« La rumeur du dragon et l’ordre du tigre » J Marc Eyssalet page 272 .

« Lorsque le Sage se tient face au sud, l'avant se nomme vaste clarté, l'arrière est appelée

carrefour. »


Dans la Chine ancienne, la philosophie taoïste et la médecine traditionnelle chinoise étaient

indissociables.


Dans les textes taoïstes tout a son importance, L‘appellation sage signifie que l'homme dont il est question connait parfaitement les règles de l’énergétique.Que placé en lui-même, il peut orienter correctement son corps dans l'espace.


« La rumeur du dragon et l’ordre du tigre » J Marc Eyssalet page 277
« La rumeur du dragon et l’ordre du tigre » J Marc Eyssalet page 277


PLACEMENT DU TANDEN INFÉRIEUR

Lorsque le bas du corps est placé, sacrum en appui, se produit une sensation de fermeture au niveau de l'aine qui a pour effet de renforcer la sensation de force et de centre de gravité au niveau du tanden inférieur. Dans les arts martiaux, ce tanden est le moteur du mouvement. Le centre de gravité doit se renforcer pour libérer la structure et amener le mouvement à être exécuté de manière énergétique.


Cet appui permet un mouvement d'aspiration au niveau de l'inspir qui fait que naturellement celui-ci va venir se placer au plus bas du corps, et favoriser l'enracinement et la stabilité physique et émotionnelle du pratiquant.


La respiration doit être libre et sans entraves. Si le corps est bien placé, elle circule par elle-même et permet la libre circulation du qi. Le sacrum relié au tanden inférieur placé, le centre de la poitrine (tanden moyen) peut s'ouvrir et relier les deux bras.


À SUIVRE PROCHAINEMENT " LE POSITIONEMENT"

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