Interview avec Gaëlle Teneur, infirmière anesthésiste, sur son expérience du shiatsu en milieux hospitalier
- Thomas Spruyt

- 15 juil.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 août
À l'occasion du colloque "Le Shiatsu, une ressource pour la santé" qui se tiendra le 8 novembre à Paris, nous recevrons Gaëlle Teneur, infirmière anesthésiste, qui viendra partager son expérience et son parcours avec le shiatsu. Dans cette interview, Gaëlle nous parle notamment de son intérêt pour les techniques complémentaires, de son parcours pour proposer le shiatsu aux personnels soignant en hôpital et de ses projets pour intégrer le shiatsu dans les soins de support en milieu hospitalier.

Bonjour Gaëlle Teneur, vous êtes infirmière anesthésiste. Pouvez-vous vous présenter rapidement et nous parler de votre intérêt pour le shiatsu et les techniques complémentaires ?
Bonjour Thomas. Je suis infirmière depuis 2003 et infirmière anesthésiste depuis 2008. J'ai toujours été intéressée par le soin en général. J'ai d'abord cherché des réponses pour moi-même dans les soins complémentaires. J'ai suivi des formations en aromathérapie avec une amie et collègue, Hélène Duret. Avec l’aide de Julie Van oost, nous avons mis en place des diffusions d'huiles essentielles au sein de notre hôpital, le Centre Hospitalier de l'Arrondissement de Montreuil-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais. Nous nous sommes également intéressées à la phytothérapie, aux infusions, aux plantes… Nous avions donc déjà cet intérêt pour les médecines complémentaires il y a une dizaine d'années.
Il y a cinq ans, nous voulions un soin du corps plus global, d'abord pour nous-mêmes avant de le partager aux autres. Nous étions très attirées par la médecine traditionnelle chinoise, et d'abord par l'acupuncture. Mais les aiguilles, nous en utilisons tous les jours dans notre travail, alors nous avons vite mis de côté ce type de soin qui est très intéressant, mais le patient reste allongé et on lui pique des aiguilles un peu partout. Ce n'était pas le soin que nous souhaitions faire. Et par une connaissance de mon amie qui faisait du shiatsu, nous nous sommes orientées vers le shiatsu.
Nous avons contacté différentes écoles, dont celle de Bernard Bouheret. Nous leur avons posé pas mal de questions et, en fait, c'est son école qui nous a vraiment intéressées. Notre formation a débuté en 2021. Je termine actuellement ma quatrième année, seule, car mon amie a arrêté.
Comment cette rencontre avec le shiatsu a-t-elle influencé votre pratique professionnelle ?
Le shiatsu m'a apporté petit à petit, au fil des ans, une approche beaucoup plus générale, un lien net et clair entre le corps et l'esprit, ce qui permet de soigner les personnes de façon vraiment complémentaire. Je travaille à l'hôpital, au bloc opératoire, dans un service très spécifique et très technique. Je suis convaincue que l'avenir du soin, pour les gens en général, c'est d'apporter des soins complémentaires tels que le shiatsu à l'hôpital. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir à ce niveau-là, mais nous y arriverons, c'est évident.
Aujourd'hui, vous proposez régulièrement des séances de shiatsu à vos collègues hospitaliers. Dans quel cadre cela se passe-t-il et quels sont les retours de vos collègues ?
Depuis 2023, la direction de notre hôpital nous a alloué une journée par mois pour proposer des séances de shiatsu aux agents des différents établissements. Cela va donc faire la troisième année au sein de mon établissement, mais aussi dans d'autres établissements de santé autour de moi. J'interviens pour les agents dans le cadre de la qualité de vie au travail où je propose des séances de shiatsu visant le lâcher-prise et la détente. Évidemment, au cours de ces séances, il se passe plein d'autres choses. Les gens viennent pour des douleurs et d'autres problématiques, mais officiellement, c'est du "bien-être", même si ce mot-là est assez désagréable à entendre. C'est une pause de 30 minutes de shiatsu dans le temps de travail des agents.
En plus du personnel soignant, aimeriez-vous pouvoir offrir des séances de shiatsu aux patients ?
Oui, en effet, mon objectif est maintenant d'étendre les séances de shiatsu aux patients. Là, c'est beaucoup plus complexe à mettre en place. Mes projets sont écoutés, notamment pour les patients en oncologie en soins de support, et je suis en attente de réponse. On m'a également demandé de faire des présentations au sein du comité de douleur. On m'a écoutée, mais je suis en attente de réponse. À l'hôpital, on ne peut rien faire sans un médecin, et s'il n'y a pas un médecin qui accepte de chapeauter complètement la chose, c'est un peu long, mais ça va certainement finir par se mettre en place. C'est en cours de démarche et de réalisation.
Pouvez-vous nous expliquer un peu plus votre projet en oncologie et celui avec le comité de douleur ?
J'ai mis sur pied un projet proposant des séances de shiatsu pour les patientes se faisant opérer d'une tumorectomie du sein ou d'une mastectomie. J'ai présenté cette initiative aux gynécologues de mon hôpital, notamment le chef de service. L'idée était que ces patientes puissent bénéficier, un mois après leur chirurgie, de trois séances espacées de quinze jours, voire un mois d'intervalle. L'objectif était de les aider à retrouver l'image d'elles-mêmes et à traiter certains problèmes qui peuvent accompagner la chirurgie.
Ces gynécologues, dont le chef de service, étaient très emballés.
Fort de cet appui, j'ai transmis mon projet à ma direction en demandant s'il était possible d'avoir 5 % de mon temps dédié à cela. La direction m'a reçue et m'a expliqué que la difficulté est que proposer des séances de shiatsu de façon isolée ne rapporte pas d'argent à l'hôpital et n'est pas mis en valeur. Pour que ce soit valorisé, il faudrait que cela fasse partie d'un hôpital de jour qui accueillerait tout type de patients en oncologie et à qui l'on proposerait au moins trois soins, et le shiatsu pourrait en faire partie.
Mon projet a donc évolué un petit peu. J'ai dit effectivement que le shiatsu était pour tout le monde, donc je pouvais très bien faire partie de cet hôpital de jour et proposer des séances de shiatsu pour tous les patients d'oncologie.
Cet hôpital de jour de soins de support a été mis en place il y a peu de temps. J'ai relancé la direction, mais pour l'instant, je n'ai pas de nouvelles. Le problème reste le même en termes d'organisation : cela voudrait dire me libérer et organiser tout cela. Pour l'instant, c'est compliqué, c'est long, mais en tout cas, les personnes que j'ai eues, que ce soit la direction ou les gynécologues, étaient plutôt positives, voire même favorables à cela.
Concernant le comité de la douleur, dès le début de ma formation en shiatsu, nous avons rencontré le médecin référent de notre hôpital, spécialiste de la douleur. Nous lui avons présenté le shiatsu, souligné son intérêt et ses bienfaits, et exploré comment il pourrait devenir un soin complémentaire pour les patients souffrant de douleurs chroniques, souvent très difficiles à prendre en charge. L'idée était de leur proposer ces séances sur la base du volontariat.
Il nous a écoutés, a trouvé l'idée bonne, mais pour l'instant, rien n'a été organisé ni mis en place.
Cependant, cette année, ce même médecin m'a contactée. Il m'a proposé de présenter le shiatsu lors d'une journée dédiée à la douleur, réunissant des médecins référents de la région Nord-Pas-de-Calais et Picardie. J'ai donc fait cette présentation ; ils m'ont écoutée attentivement, mais je n'ai pas eu de retours concrets.
Il faut dire que la majorité de ces médecins ont un besoin impératif de preuves scientifiques. Ils m'ont écoutée poliment, m'ont posé quelques questions, mais comme je ne disposais pas d'études scientifiques rigoureuses, avec des chiffres précis comme on en produit en Occident, ils n'ont pas donné suite.
Malgré tout, je reste optimiste. Il y avait plus d'une dizaine de médecins présents. Les gens ont entendu parler du shiatsu, et il est fort probable que dans quelque temps, ils en réentendent parler, se souviennent de cette intervention et décident de me recontacter, ou de contacter un autre praticien.
Comment percevez-vous l'accueil du shiatsu par le corps médical et quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans la mise en place de vos projets au sein de l'hôpital ?
Je ressens la même chose à chaque fois que j'aborde le sujet du shiatsu en milieu hospitalier, surtout avec les médecins : ils trouvent ça intéressant. Cependant, il y a un monde entre dire "c'est bien" et prendre la responsabilité d'organiser concrètement les séances, trouver une salle, dégager du temps, et réorganiser les rendez-vous des patients. Tout cela est extrêmement complexe. Je pense que j'attendrai septembre pour les relancer, car juillet et août sont des mois creux où rien n'avance.
En attendant, tous les agents hospitaliers qui bénéficient des séances de shiatsu sont unanimement très satisfaits. D'ailleurs, j'ai rédigé mon mémoire sur ce sujet – je viens tout juste de l'envoyer à Bernard Bouheret. J'y décris un peu cette expérience que j'ai accumulée sur les quatre dernières années. Même si les patients viennent principalement pour une séance de lâcher-prise et de détente, il se passe d'autres choses, qui ne sont pas forcément dites ouvertement, mais en tout cas, ces séances leur font énormément de bien.
Merci Gaëlle pour ce témoignage, nous avons hâte de vous écouter nous en dire plus sur votre parcours avec le shiatsu en milieux hospitalier. D'ici au colloque, vous en saurez certainement plus sur l’évolution de vos projets.



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