Interview Cyrille Javary pour l’Université d’été

Cyrille Javary est sinologue, écrivain, consultant en culture chinoise ancienne et moderne. Il a consacré sa vie à la compréhension et à la diffusion de la civilisation chinoise. Il a traduit le Yi Jing, « Le classique des changements », et fondé le Centre Djohi pour l’étude et l’usage du Yi Jing.


Également conférencier, il propose des interventions sur des thèmes en rapport avec le Yi Jing et la pensée chinoise, la culture et l’histoire de Chine, ainsi que certains de ses lieux emblématiques. Il intervient également en entreprise dans des formations à l’interculturalité.

Il interviendra trois soirs de suite, les 2, 3 et 4 août à l'Université d'été, sur les thèmes suivants :

- Yin-Yang ; Clef de sol

- Le souffle du pinceau, représentation immobile du mouvement

- Corps & idéogrammes, l’écriture chinoise du « corps-univers »








Bonjour Cyrille, pourriez-vous nous expliquer d'où vous est venue cette passion pour la culture chinoise ?


Bonjour Thomas,


C’est en 1974, dans un petit hôtel de Kathmandu, où j’étais avec celle qui est toujours mon épouse. Maggy Guilbert, une nonne bouddhiste canadienne, a balancé dans la chambre où nous dormions un petit livre en disant "Read that book, it's gonna be good for you". C'était le Yi Jing, qu'on appelait alors le Yi King et même parfois le livre de Kathmandu.


J'ai appris par la suite qu'il s'agissait de la pire traduction qui en fut jamais réalisée, celle du révérend James Legge, mais malgré tout, cet ouvrage, en français : le "Classique des Changements" m'a intéressé. Deux ans plus tard, j'avais lu tous les livres sur le sujet, c'était facile, il y en avait deux en français et quatre en anglais. Donc, il n'y avait plus qu'une seule solution pour progresser : apprendre le chinois.

Et c'est là que j'ai rencontré mon vénéré professeur Kyril Ryjik (1939-2018), avec qui je suis resté en relation jusqu'à sa mort. Quelques années plus tard, je suis allé vivre deux ans (1979-1981) à Taiwan, pour me perfectionner en chinois et rencontrer des lettrés ayant une véritable connaissance des textes classiques chinois.


Par la suite, en 1984, Patricia Tartour, qui dirigeait la Maison de la Chine, m'a proposé d'accompagner des voyages sur le continent chinois. C'était mon premier voyage là-bas, et en 2019 je faisais le 69ᵉ, en octobre, juste avant la Covid.

Enfin, quand on se passionne pour un domaine, on cherche des complices; c’est pour cela qu’en 1985, j'ai créé le Centre DJOHI, association pour l'étude et l'usage du Yi Jing. Elle compte aujourd'hui plusieurs centaines de membres. Ils sont réunis en plusieurs antennes régionales qui travaillent à la recherche et à la compréhension de ce formidable "manuel d'aide à la prise de décision" qu'est le Classique chinois des Changements, berceau du système de pensée yin-yang, car c'est dans ces pages que le mot "yin-yang" apparaît pour la première fois, dans le sens qu'il a gardé jusqu'à nos jours.



Pourriez-vous en quelques lignes, présentez chacune des trois conférences que vous donnerez cet été ?



- La première conférence traitera de "Yin-Yang, le penser par deux" :

« Yin-Yang » est le nom donné en chinois au fonctionnement de tout le vivant. Les Chinois, depuis toujours, s’en servent pour comprendre et expliquer, organiser et agir. Cette unité changeante, ce mouvement incessant, cette danse de tout l’univers se dit en un seul mot. Or, en français comme dans toutes les langues occidentales, « Yin » et « Yang » sont deux mots. Voilà où commence le quiproquo.


Présentant « Yin-Yang » sous forme d’images, de peintures, d’objets inattendus, de créations artistiques contemporaines, cette conférence en images s’adresse directement à ce que chacun pressent, ressent, en expérimentant une pratique chinoise, qu’elle soit physique, linguistique, artistique médicale, touristique, culinaire, etc.


- La 2°, L’écriture chinoise du « corps-univers » :

Habeas corpus, l’ordonnance médiévale anglaise énonçant une liberté fondamentale, celle de ne pouvoir être emprisonné sans jugement, s’enracine dans la conception chrétienne du corps individuel dont chacun n’est responsable que devant Dieu. Plus à l’Est, la croyance bouddhiste en la réincarnation, s’appuie sur la responsabilité individuelle de chacun durant sa vie.


Tout cela est fort étranger au monde chinois où le corps humain, ni valorisé par un Dieu créateur, ni déchu par un péché originel, est simplement une des dix-mille formes du vivre.


L’esprit chinois ressent le corps humain comme flux et non comme chair. Il le soigne ainsi, il le perçoit ainsi dans la pratique des arts physiques, il le lit ainsi dans les différents idéogrammes écrivant le corps.


Lors de cette conférence en images, je vous montrerai pourquoi la familiarité occidentale avec la représentation de la nudité (inconnue de l’art chinois) peut faire écran à la perception énergétique de notre propre corps.



- La 3°, "Le souffle du pinceau" :

Traite de la perception immobile du Qi en mouvement.

Que ce soit pour écrire, peindre, ou soigner, pour pratiquer un art physique (Taiji Quan, Qi Gong), jouer aux échecs ou interroger le Yi Jing, l’esprit chinois ne peut formaliser une idée autrement que sous la forme d’une figuration linéaire, dynamique et vectorielle. La maîtrise du trait calligraphique, qui est de même nature que la maitrise du geste physique, est une manière de donner vie à ces lignes dont la qualité s'apprécie au niveau de l'élan et du souffle. Le mouvement corporel, comme le maniement du pinceau ou celui de l'aiguille, relèvent du même art : celui de la perception immobile du mouvement.

C’est cette mise en perspective que je vous présenterais durant cette conférence en images.



Merci Cyrille, j'ai hâte de découvrir tout cela à l'université, à bientôt.


Merci Thomas, à bientôt.


souffle du pinceau affiche
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écriture chinoise du corps-univers
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Yin-Yang affiche
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