Interview de Jacqueline Desmottes autour du Dao Yin.


Jacqueline Desmottes


Bonjour Jacqueline, avant de parler du Dao Yin que vous nous enseignerez à l’Université d'été, pourriez-vous nous parler de votre parcours ?


Mon parcours de vie, ordinaire à ses débuts, est devenu atypique par la suite, puisque je suis devenue praticienne de Dao yin.


Comme beaucoup de jeunes filles à cette époque, je me suis mariée à 20 ans et j’ai eu trois enfants.

Très vite, j’ai réalisé que je devais assumer mon avenir, car je ne souhaitais pas me limiter à une condition de femme au foyer. J’ai pour cela entrepris des études de gestion afin de pouvoir vivre dans de bonnes conditions, c’est-à dire retrouver une indépendance financière, indispensable à ma vie et à celle de mes enfants.


Pendant cinq ans, j'ai fait de l’intérim, puis j’ai été embauchée comme cadre administrative dans un cabinet d’architecture international. Quelque temps après, ce fut le divorce et je me retrouvais seule, avec mes trois enfants entièrement à ma charge.

En 1985, devant cette accumulation de travail et de responsabilité, ne trouvant pas le soutien dont j’avais besoin, je déclarai un grave problème de santé. Mon amie Linda m’a alors transmis les coordonnées du Docteur Jean-Marc Eyssalet, médecin acupuncteur, car je refusais totalement d’entreprendre l’opération qu’il m’était tenu de faire par la médecine occidentale, si je voulais sauver ma vie.


Dès la première rencontre, j'ai su que j’avais trouvé la bonne personne, un véritable guide.

Au bout d’un an de rendez-vous réguliers, il m’a proposé de participer à l’enseignement qu’il prodiguait, en France : des stages de Dao Yin, avec respiration du Cachemire (c’est-à-dire la respiration provenant du Yoga indien, appelée Kapalabatis ou Bastrika, associée aux mouvements du Dao Yin). C'étaient des sessions d’une semaine, à temps plein, à chaque changement de saison, dans un endroit propice au calme et à la méditation.

Je les ai tous suivis régulièrement pendant 20 ans, aussi bien en Israël, au Canada, en Suisse et en Belgique, avant qu’il ne me donne l’autorisation de l’enseigner moi-même.


Mon problème de santé ayant complètement disparu grâce à ses soins, je décidai en 1988 de prendre trois mois sabbatiques et de partir en Inde, sac à dos, seule, face à moi-même. Quant à mes enfants, ils pouvaient à ce moment-là suivre leur propre chemin.

Jean-Marc m’avait indiqué sur un bout de papier l’ashram de Sri Ramana Maharshi à Tiruvannāmalai. Je n’avais jamais entendu parler de Ramana et ne savais pas où se trouvait cette ville.

Tout de suite, en Inde, je me suis sentie à l’aise, comme si j’étais chez moi, comme si le corps s’expandait, se dilatait.

J’y ai pourtant été bousculée, délogée. Heureusement, le Dao Yin a été très présent, car je le pratiquais quotidiennement, ainsi que les exercices taoïstes de respiration.


À mon arrivée à Tiruvannāmalai, j’ai rencontré un couple de Français, Thérèse et Richard, qui avaient vécu longtemps à Pondichéry et avaient été les dentistes de Mère (Shri Aurobindo), et qui à la mort de celle-ci s’étaient retirés à Tiruvannāmalai. Ils m’ont parlé d’un Être éveillé, fervent disciple de Ramana qui habitait en Andra Pradesh : Nana Garou.

Ainsi, j'ai eu envie de le rencontrer, de connaître un Être réalisé.

Après deux semaines passées dans l’ashram de Ramana Maharshi, je suis allée à sa rencontre. Ce fut un véritable périple : 800 kilomètres en Inde, en bus, train, une chaleur torride, c’était en mars 1988, le mois le plus chaud en Inde. Les villageois n’avaient jamais vu une occidentale, ils tournaient tous autour de moi. Nana Garou m’a reçue et donné l’autorisation de rester chez lui pendant 15 jours.

Les 3 mois sabbatiques étant terminés, je suis rentrée en France et donnais ma démission.

De 1988 à 1997, je repartais ainsi en Inde dans ce petit village, où je restais neuf mois et revenais en France pendant trois mois, à la période de la mousson.

J’alternais mon séjour entre Andra Pradesh à Jinnuru et l’ashram à Tiruvannāmalai.


En 1997, lors de mon retour, Jean-Marc Eyssalet m’a proposé de m’occuper de son école l'Institut de Développement des Études en Énergétique et Sinologie (IDEES), dont j’ai été l’organisatrice pendant 23 ans. Ce qui m’a permis de suivre son enseignement théorique sur l’énergétique chinoise.

En 2010, j’ai eu un très grave accident de la circulation à Tiruvannāmalai. Je suis restée une semaine dans le coma avec une fracture du crâne, un pneumothorax, les épaules et les mains cassées. Je suis restée un mois à l’hôpital à Vellore dans le sud de l’Inde.

Grâce au Dao Yin, j’ai pu récupérer au bout d’un an, et me remettre à l'enseigner, assise sur une chaise.


En 2015, j’ai rencontré Bernard Bouheret et quatre personnes praticiennes du Shiatsu. Ils soignaient des enfants dans un orphelinat à Auroville. Ils sont venus me rejoindre à Tiruvannāmalai pendant un week-end. Je leur ai fait visiter les grottes, le temple, nous avons aussi fait le tour de la montagne sacrée, soit 14 kilomètres le matin de bonne heure, et aussi leur ai fait découvrir le Dao Yin.



Comment avez-vous appris le Dao Yin et quel rôle a-t-il joué dans votre vie ?


Le Dao Yin qui signifie « guidage et étirement », libère le souffle et induit un équilibre physique et psychique.

Il assouplit la structure corporelle, lui apporte de la vitalité, par des étirements doux et conscients. De plus, il est fondé sur la connaissance de la circulation de l’énergie dans les méridiens.


La pratique du Dao Yin associée à la connaissance des bases de cette pensée ancestrale a changé mon regard sur la vie, sur moi-même.

M’a aussi permis de développer un respect de l’autre dans sa liberté.

Une souplesse.

J’ai une indéfectible gratitude pour cette pratique de la Chine ancienne, qui me permet aujourd’hui de vivre pleinement l’instant présent.



Y a-t-il différents types de Dao Yin, comme on peut trouver différents courants de Qi Qong ou de Yoga ?


Le Dao Yin est l’ancêtre du Qi Gong et du Tai Chi-Chuan.

Le Dao yin pratiqué par le Docteur Jean-Marc Eyssalet est celui qui était dispensé par les chamans aux origines de la médecine traditionnelle chinoise, comme l’un des éléments de soins. Les malades recevaient de l’acupuncture, de la pharmacopée, des conseils diététiques, des massages, mais ils devaient aussi participer à leur mieux être en pratiquant des exercices.

Il est à noter que l’Esprit sous-jacent à ces exercices n’est autre que la méditation.

En effet, il s’agit d’apprendre par des mouvements doux et une respiration lente à être présent à son corps-esprit, et apporter progressivement le silence en soi.


Je ne peux rien dire sur d’autres écoles de Dao Yin, car cette pratique m’a parfaitement convenu et je n’ai pas eu besoin de me nourrir autre part.



Comment lui a été transmis ce Dao Yin ancestral, ainsi que la respiration Cachemire ?


Il a été l’élève de Jean Klein et de Nisagardatha Maharaj. C’est donc en Inde qu’il s’est formé directement.


Jean-Marc Essaylet est sinologue depuis plus de trente ans. Il interroge, dans leur version originale, les textes des grands classiques de la médecine et de la spiritualité chinoises. Il considère qu’ils sont des fils conducteurs irremplaçables pour permettre l’émergence dans le « Corps vécu », des propositions révolutionnaires de la pensée chinoise sur la régulation du corps-psychisme et l’ouverture intérieure qu’elles peuvent susciter.

Ces enseignements non duels inspirent sa démarche et ses propositions qui restent cependant libres de toute attache particulière.



Avez-vous formé certaines personnes à ce Dao Yin ?


La pratique assidue du Dao Yin lors des nombreux stages auxquels j’ai participé, l’écoute attentive au cours des vingt-trois années passées à l’Institut IDEES ont instillé en moi tout en me transformant l’envie et une certaine capacité à partager tout ce que j’ai reçu, en enseignant à mon tour le Dao Yin.

Pour moi, le Dao Yin est un pur vécu avant d’être un savoir.



Merci Jacqueline, à très vite.


Merci Thomas, à bientôt.







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